Une littéraire en milieu industriel

Je travaille sur le temps long, celui de l’histoire passée, j’écris en ayant l’impression de ralentir le mouvement des aiguilles et souvent je force le dirigeant à stopper sa course pour se poser et réfléchir à son histoire. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas ce qu’il va me dire au début de nos échanges. Habitué aux interviews, j’ai le sentiment qu’ils sont sur pilote automatique. Je laisse passer les minutes, les jours, j’attends que la confiance et la bienveillance soient bien installés entre nous, et là, on peut vraiment commencer. Nous passerons d’autres caps, notamment celui de basculer de l’oralité à l’écrit. C’est entrer dans la temporalité étiré de la lecture et de ma perception de l’entreprise. Au bout de quinze ans de métier, la remise du manuscrit reste le moment le plus périlleux. J’ai mis en place tout un tas de stratagèmes en amont pour faire baisser la tension de la remise, mais quand même, la lecture par mon client des dizaines de pages rédigées au bout de plusieurs mois de mission, est une étape clef. Au fil de tant de mots et de lignes, on ne triche pas, ma position d’auteur me guide vers l’authenticité, ma formation d’historien m’oblige à la véracité historique.

L’écriture ressemble à une mise en danger, la création qui en suit m’enthousiasme. Loin de moi l’image du « rat de bibliothèque » qui ne voit pas la lumière du jour, de l’archiviste enfoui dans ses vieux papiers ou encore du littéraire toujours en train de lire, je me considère davantage comme un auteur tout terrain. J’aime être confrontée à des univers différents qui me sont inconnus, j’aime prendre le café dans la salle de repos avec les équipes en insertion à 7h30 avant leur embauche, j’apprécie d’assister à l’arrivée de l’équipe de nuit à 4 heures du matin au pied des machines, me retrouver dans un parc bruyant de machines ou à l’inverse m’entretenir avec un dirigeant dans son bureau, une tasse de thé gentiment proposée, ou m’entretenir avec un ancien directeur général par téléphone. L’important est ma concentration et la captation des émotions et parfois de ces signaux faibles, ceux qui échappent, ceux à creuser, ceux révélateurs, qui feront l’originalité et le sens du livre.

Le livre est d’abord une bulle dans mon esprit, elle grossit au fur et à mesure de mes recherches et de mes entretiens. Lorsqu’elle a pris toute la place, il est grand temps d’écrire et de l’épuiser jusqu’au dernier mot. Je sais alors que le livre est plein, complet.

Ma démarche d’historien-auteur, attiré par le monde entrepreneurial garantit un livre unique. J’ai fait le choix dès le départ du sur-mesure éditorial. Chaque entreprise a le livre qui lui ressemble et cela me paraît un principe essentiel. Ce pari de la création littéraire et historique m’a valu de déambuler dans de nombreux secteurs de l’industrie (recyclage, brosserie, meuble, volets…) et d’accompagner des entreprises leader dans leur domaine sur le marché français et européen.

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