Raconter sa vie

La base d’un livre sur une entreprise est double : la mémoire écrite (les archives) et la mémoire orale. Ces deux sources sont à croiser et ne doivent pas se contredire. Cela dit, j’ai appris à ne pas me fier immédiatement aux souvenirs de mes interviewés, surtout chez les personnes âgées qui ne sont plus à dix ans près.

Certains redoutent le premier entretien. Cela me paraît bien naturel, revenir sur l’histoire de son entreprise, souvent mélangée à sa vie personnelle, n’est pas aisé. Par où commencer ? Qu’ai-je d’intéressant à dire ? Finalement à force de se torturer l’esprit, certains de mes interviewés ne trouvent plus rien à raconter ! Dites-vous bien que je suis dans la posture inverse : je ne sais rien de l’entreprise, j’ai tout à apprendre, alors tout m’intéresse.

L’on doit beaucoup me parler pour que je puisse écrire ! Une phrase à l’écrit vaut beaucoup plus de mots à l’oral et souvent des recherches complémentaires. C’est la loi dans mon métier : on n’écrit pas comme on parle, la rédaction est forcément un exercice de concision et d’analyse. Le hors-sujet est admis à l’oral, pas à l’écrit 🙂

Certaines personnes sont très à l’aise avec les dates et souvent me sidèrent avec leur mémoire d’éléphant, d’autres vont s’attacher à des faits, d’autres encore à une analyse d’ensemble. Peu importe l’entrée finalement, puisque toutes les informations finiront par se compléter. Parfois démarrer en regardant des photos, des articles de journaux aident et donnent un point d’ancrage à la discussion. Faire le tour des arbres et des fleurs du jardin m’a un jour plus appris qu’un interview statique. La règle est de s’adapter à l’autre et de lui porter un intérêt sincère.

Le plus important pour les personnes qui se lancent avec moi dans un livre est l’envie de le faire, l’envie de partager, de réfléchir avec une personne extérieure à qui l’on confie la tâche de transmettre la vie de son entreprise par écrit. Cet élan est soutenu par la confiance que nous nous inspirons mutuellement. Parler de tout et de rien fait partie de la construction de cette relation de confiance. Je n’ai jamais pu écrire une ligne sans ce sentiment de complicité qui me porte jusqu’au point final.

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